|
Partager nos stratégies
gagnantes
Stratégies de renforcement des capacités d’action
des femmes
Lyse Cloutier
Coordonnatrice, Écho des femmes de la
Petite-Patrie, Montréal, Québec, Canada
Résumé
L’Écho des femmes, groupe communautaire
d’intervention féministe, agit par des services,
des activités éducatives et des actions collectives
au plan de la santé, de la violence, de la pauvreté,
etc. À la demande de la Direction de la santé
publique et de la Régie régionale de la santé
et des services sociaux, l’Écho a mis sur pied
un comité formé de divers partenaires avec comme
mandat d’améliorer la sécurité des
femmes. L’Écho des femmes a accepté cette
commande parce qu’elle cadrait avec ses objectifs et respectait
l’intégrité de sa mission. Les stratégies
qui marquent le travail du comité sont les suivantes
: 1) faire adhérer à une base d’unité
— l’approche féministe — avant de s’engager
dans des actions; 2) assurer un leadership féministe;
3) considérer que le processus est aussi important que
le résultat; 4) évaluer les actions selon les
critères d’autonomie, de responsabilisation des
hommes, etc.; 5) compter sur un financement approprié
et à long terme; 6) avoir des alliées féministes.
Le projet a débouché sur des
résultats, par exemple : 1) aménagement d’une
station de métro sécuritaire; 2) campagne de sensibilisation
auprès des hommes; 3) ateliers (autodéfense, estime
de soi, sécurité à la maison, etc.; 4)
campagne de sensibilisation sur les drogues du viol; 5) formation
continue des membres du comité. En terminant, Mme Cloutier
se demande cependant pourquoi le comité n’a pas
réussi à agir par, pour et avec des femmes du
quartier.
|
QU’EST-CE
QUE L’ÉCHO DES FEMMES?
•Groupe de base, communautaire,
féministe.
•Fait partie d’un réseau de plus de 80 centres
de femmes au Québec, plus de 20 à Montréal.
•Groupe d’intervention féministe et de conscientisation.
•Gestion collective.
•Trois volets d’intervention : les services (information,
référence, accueil), activités éducatives
(conscientisation, partage, groupes de discussion), actions collectives
ou défense collective des droits (Marche mondiale des femmes,
comité journal).
•Pour les femmes, c’est un lieu d’appartenance,
un réseau d’entraide, une alternative à l’isolement,
un réseau d’éducation et d’action.
•Travaille à tous les niveaux : autant la santé
mentale ou physique que la violence, la pauvreté ou d’autres
problématiques.
•Financé principalement par le gouvernement provincial
et Centraide Montréal.
•Principal défi : « les femmes au cœur des
décisions et des actions », démocratie, citoyenneté.
CONTEXTE DU PROJET EN SÉCURITÉ DES FEMMES
•Projet spécial (depuis
maintenant 5 ans).
•Commande de la Direction de la santé publique de la
Régie régionale de la Santé et des services sociaux
de mettre sur pied un comité partenarial ayant comme mandat
d’améliorer la sécurité des femmes.
•On nous imposait des partenaires institutionnels.
•Pour nous, c’était un projet acceptable parce
qu’il y avait du financement adéquat à long terme
(3 ans au départ).
•C’était un projet acceptable parce que la problématique
nous interpellait.
•C’était un projet acceptable parce qu’on
respectait notre approche féministe.
QUE SIGNIFIE STRATÉGIE « GAGNANTE » POUR NOUS?
•Atteindre nos objectifs (ici étant de
réaliser des interventions contribuant à augmenter le
sentiment de sécurité des femmes) dans le respect et
l’intégrité de notre mission (même si le
projet ne « nous appartenait » pas).
•Le respect et l’intégrité de notre mission
n’étaient pas évident au début : nouveau
de travailler avec des partenaires institutionnels ayant une culture
de travail très différente (pour la gestion collective
on repassera...).
•Note : Pourquoi dans les fiches de travail du séminaire,
parlons-nous de l’approche autonomiste et non pas de l’approche
féministe. Pourtant, ce qu’elle contient (autonomie des
femmes, reconnaissance de l’inégalité socio-économique
des femmes, reconnaissance que la violence est une des manifestations
des inégalités que vivent les femmes ...) est féministe.
Est-ce une stratégie gagnante pour mieux collaborer avec certaines
personnes ou institutions? Est-ce un « euphémisme »
(adoucissement d’une expression jugée trop crue, trop
choquante)? En ce qui nous concerne, c’était une stratégie
gagnante d’affirmer notre féminisme, de former, d’informer,
de vulgariser et démystifier cette approche.
NOS STRATÉGIES GAGNANTES
•Faire adhérer à une base d’unité,
au contenu avant d’élaborer des actions (ça donne
une prise). Donc, on a dû échanger et se former sur l’approche
féministe. Même si certains organismes n’adhéraient
pas à l’approche féministe, ils y adhéraient
au sein du comité partenarial (comité Femmes et sécurité
Petite Patrie). Cette situation peut créer des difficultés
en cas de roulement des représentant-e-s ou de changement de
« boss » mais donne une bonne base pour les actions du
comité.
•Assurer un leadership féministe (surtout en début
de projet ou en cas de fort roulement des membres) afin de s’assurer
du respect continu de l’approche.
•Le processus est aussi important que le résultat –
vision à long terme – principe d’éducation
populaire [formation continue à l’interne (donc dans
chaque milieu de travail ou institution – contamination -);
partage des responsabilités et des tâches; s’entendre
clairement sur les messages lors d’événements
publics].
•Évaluation des actions selon les critères d’autonomie,
de responsabilisation des hommes, etc.
•Financement adéquat et à long terme [a permis
d’assurer le leadership, la coordination (importante lors de
comité partenarial), a permis de ne pas se casser la tête
pour la réalisation des actions ...].
•Avoir des alliées féministes.
QUELQUES ACTIONS « GAGNANTES »
•Aménagement d’une station de métro
selon les critères favorisant la sécurité des
femmes (intervention auprès des concepteurs).
•Campagne de sensibilisation auprès des hommes «
L’autre façon d’aborder les femmes » (dépliant,
quizz, affiche, campagne médiatique, intervention dans des
classes de jeunes de 14-15 ans, etc. ) : travailler avec des intervenants
auprès d’hommes, visait la responsabilisation des hommes
(les attitudes de certains hommes plus faciles à rejoindre
ou à sensibiliser comme par exemple : marcher derrière
une fille le soir sur le trottoir, intervenir lors de farces sexistes
…).
•Ateliers auprès de femmes sur l’autodéfense,
sur l’estime de soi, sur la protection de son espace vital,
sur la sécurité à la maison …
•Campagne de sensibilisation sur les drogues du viol (guide
d’information pour intervenantes et intervenants, sous-verres
avec messages de prévention « surveiller son verre »,
« se raccompagner les unes, les autres ».
•Une policière qui a déjà fait parti du
comité et qui a poursuivi des actions semblables dans son nouveau
poste à sa nouvelle affectation.
•Un conseiller municipal qui nous interpelle lors de projet
de réaménagement d’un viaduc dans le quartier.
•Formation continue des membres du comité : drogues du
viol, approche féministe, prostitution.
PRINCIPAL DÉFI ET QUESTIONNEMENT?
• « Les femmes au cœur des décisions
et des actions » : Les femmes sujets et actrices. Nous n’avons
pas réussi à faire des actions par, pour et avec des
femmes du quartier. Est-ce parce qu’on travaillait plutôt
avec des institutions? Est-ce parce que c’était une nouvelle
problématique et qu’il était plus facile d’agir
auprès d’intervenant-e-s ou de décideurs? Est-ce
parce qu’on n’a pas assez fait d’efforts?
|
|